Des variétés de mil hybrides pour booster la production en Afrique de l’Ouest

Le mil représente un aliment de base important pour la plupart des populations du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. C’est une culture vivrière importante pour la sécurité alimentaire de la plupart des pays de la sous-région. Il représente souvent plus de 30 % de la production céréalière totale. Les plans de développement nationaux et régionaux reposent sur le mil pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population.

Cependant, malgré l’augmentation de la production de mil ces dernières années, il existe encore des déficits importants entre la production et la demande accrue de mil. Par conséquent, améliorer la productivité de la production du mil constitue un enjeu majeur en termes de sécurité alimentaire de la région.

L’expansion de la productivité du mil pour répondre à la demande de la population croissante du Burkina Faso et de l’Afrique de l’Ouest en général, nécessite des solutions de recherche innovantes et adaptées aux changements climatiques.

Au Burkina Faso, une équipe de sélectionneurs de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), en partenariat avec ICRISAT et d’autres Systèmes Nationaux de Recherche Agricoles (SNRA), a développé des variétés de mil hybrides à haut rendement. Ils sont résistants à la principale maladie du mil qui est le « mildiou ». Inoussa Drabo, un sélectionneur des plantes en charge de la sélection et l’amélioration du mil à l’INERA, fait partie de l’équipe qui a conduit le développement de ces variétés de mil hybrides. Dans l’interview suivante, il parle de la manière dont l’équipe est parvenue à développer et à mettre à la disposition des producteurs, transformateurs et consommateurs des variétés de mil adaptées au conditions agro climatique et aux besoins des utilisateurs. Lisez la suite…

Pourquoi avez-vous pensé à créer ces variétés de mil hybrides ?

Dr Drabo : Le mil est une plante allogame. Pour ce genre de plantes, les types variétaux sont les variétés populations et les hybrides. Les variétés populations sont un mélange de plusieurs variétés, non homogènes et non uniformes dont le potentiel de rendement est faible. Par contre l’hybride exprime un phénomène appelé le phénomène de « l’heterosis ». L’heterosis est une vigueur inattendue que la plante va exprimer lorsqu’elle est issue de croisement entre deux individus soigneusement sélectionnés, c’est-à-dire qui ont une bonne aptitude spécifique à combinaison. En d’autres termes, l’hybride de mil a un potentiel de rendement plus élevé que les variétés populations. L’hybride est homogène et très uniforme en termes de taille, de longueur des épis, de la couleur et grosseur des grains, de cycle de maturité. Par ailleurs, les hybrides que nous développons sont plus précoces et bien adaptés.

Comment vous vous êtes pris pour aboutir à ces nouvelles variétés de mil ?

Dr Drabo : L’aboutissement à cet hybride a été possible grâce à un travail de collaboration entre l’ICRISAT qu’il faut saluer, et l’INERA. Les croisements ont débuté à l’ICRISAT, nous avons fait une sélection, ensuite nous sommes passés à la multiplication des semences pour des tests multi locaux en station pendant deux ans, puis en démonstration en milieu paysan pendant deux ans. Vue les résultats très satisfaisants et l’appréciation positive des producteurs, nous avons entamé le processus d’inscription au catalogue national de variété au Burkina Faso. Ce qui a consisté à conduire des tests de distinction, d’homogénéité et de stabilité (DHS) et de test de valeur agronomique et technologique (VAT) comme l’exige le Comité national de semences du Burkina Faso. Et à l’issue de ces tests, nous avons constitué un dossier et déposé auprès du Comité national de semence de Burkina Faso pour homologation.

Champ de mil hybride

Pouvez-vous nous présenter les caractéristiques de cette nouvelle variété hybride de mil ? Et en quoi est-elle différente des autres variétés de mil ?

Dr Drabo : Cette variété hybride de mil a un rendement potentiel de 4 tonnes par hectare. Ce qui est pratiquement le double du potentiel de rendement des variétés populations existantes. En plus, cet hybride, particulièrement, a un double avantage car il arrive à maturité pendant que les feuilles restent toujours vertes. Ce qui a une grande valeur ajoutée en tant que fourrage pour l’alimentation des animaux. Cet hybride est uniforme, homogène c’est-à-dire toutes les plantes arrivent à maturité pratiquement au même moment ce qui permet de bien planifier les récoltes et éviter les pertes. Il a un cycle court de 85 à 90 jours.

Combien de temps ont duré vos travaux de recherche, et quelles ont été les difficultés et contraintes tout au long du processus ?

Dr Drabo : Ce processus à prit environ dix ans de la création des parents aux premiers croisements entre parents, à la sélection de l’hybride, aux tests multi-locaux en station et en milieu paysan jusqu’à l’inscription au catalogue national de semence au Burkina Faso.

Comment les producteurs ont-ils réagi face à cette nouvelle variété hybride de mil ?

Dr Drabo : Des tests de démonstrations ont été conduits par plus de 500 producteurs au Burkina Faso. Ils ont très positivement apprécié cette variété hybride. La productivité, la grosseur des grains la précocité et aussi le fait qu’elle arrive à maturité pendant que les feuilles restent toujours fraiches et vertes sont les caractères qui ont requis l’attention des producteurs.

Qu’est ce qui est prévu pour faciliter l’accès à grande échelle des producteurs à cette nouvelle variété hybride de mil ?

Dr Drabo : Le processus de multiplication de semence est déjà entamé. Nous avons fait tester l’hybride lui-même par 3 grandes compagnies semencières locales au Burkina Faso et en même temps elles ont été formées sur les techniques de production de la semence. Durant cette campagne humide 2020, plus de 10 hectares de production de semence seront mises en place par la plus grande compagnie du Burkina Faso – NAFASO.

Quelles sont les perspectives en termes de sélection de mil au Burkina Faso ?

Dr Drabo : Les perspectives pour la sélection de mil au Burkina Faso, c’est la sortie bientôt d’autres variétés hybrides plus performantes que ce qui vient d’être homologuée. Aussi nous travaillons en collaboration avec les SNRA dans la sous-région, pour renforcer et moderniser nos programmes de sélection. Ceci se fait à travers le projet ABEE (Renforcement des réseaux et des capacités institutionnelles en amélioration des plantes pour le développement de cultures résilientes répondant aux besoins des paysans d’Afrique de l’Ouest), un projet financé par l’Union européenne et coordonné par le CORAF. ICRISAT soutient également cette initiative de modernisation des programmes de sélections, dans le cadre du projet AVISA financé par la Fondation Bill Gate. Cela va, en fin compte nous permettre d’aller plus vite grâce à l’utilisation de l’outil moléculaire. Aussi, nous travaillons désormais sur les profils de produit. C’est-à-dire, nous travaillons à mettre au point des variétés qui intègrent les traits désirés par les différents acteurs de la chaine de valeur (producteurs, transformateurs, vendeurs et consommateurs).

Avez-vous un appel ou un conseil à lancer aux producteurs ou aux acteurs du secteur agricole ?

Dr Drabo : Nous appelons les acteurs du secteur agricole à utiliser les résultats de la recherche et à investir pour moderniser un temps sois peu leur agriculture. Les hybrides ont changé l’agriculture au États-Unis, en Asie (Chine, Inde etc.). Si nous adoptons les hybrides en Afrique, beaucoup de chose vont changer, et ce sera notre révolution verte aussi.

Visite de terrain avec les producteurs

Ce qu’ils disent à propos de ces variétés

Ladji de Bala (producteur dans la commune de Satiri, dans la province du Houet) : Ce mil hybride viendra relancer la production du mil dans notre village. Avant le mil était la principale culture de nos parents. Mais actuellement les rendements de nos variétés locales sont devenus faible et aussi le cycle est très long. Comme il y a du maïs à haut rendement avec un cycle court tout le monde a viré au maïs. Cette variété hybride de mil est très productive et le cycle est vraiment très court. J’ai eu la semence pour faire deux hectares. Tous les gens du village venaient pour regarder comme si c’était du cinéma. Il y a plus de 50 personnes dans le village qui veulent cultiver chacun plus 5 ha de cette variété l’année prochaine. Ils m’ont dit de les aider à avoir la semence. Pour moi cet hybride est doublement bénéfique. Car c’est arrivé à maturité, et toutes ses feuilles sont toujours bien vertes. Cela constitue de la bonne nourriture pour nos animaux.

Abdoulaye Sawadogo (PDG de NAFASO, la plus grosse compagnie semencière du Burkina Faso) : Je suis convaincu que cette variété hybride va changer beaucoup de choses dans la production du mil au Burkina Faso et dans la sous-région. Nous nous sommes engagés à produire les semences. Nous veillerons à ce qu’elles soient disponibles pour les producteurs et promues au-delà du Burkina Faso.

Paul Ouédraogo (Technicien de recherche à la retraite à Fada) : J’ai reçu un échantillon que j’ai semé dans mon champ au bord de la route. Quand les épis sont sortis, le champ est devenu un objet d’attraction pour les passants. Personne ne pouvait passer sans s’arrêter pour mieux regarder. Ils m’ont demandé la semence pour essayer. J’ai expliqué que c’est un hybride et que si on prélève dans mon champ pour aller semer, ça ne va pas être la même chose. Les producteurs sont très intéressés par cette variété hybride.

Lire la version originale de cet article ici.

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